Dossier du mois n°4 - Producteurs, pour nourrir vos plantes aidez-vous des mycorhizes !!!



 

Cliquer pour télécharger le fichier PDF

Mycorhize, mycorhize, vous avez dit mycorhize ?

 

Une mycorhize est une association entre une plante et un champignon. Cette association est symbiotique, c’est-à-dire à bénéfices réciproques.

La "connexion" entre le champignon et la plante se réalise au niveau des racines : les filaments de champignon (hyphes) plongent dans les racines des plantes.

90 à 98% des espèces sont naturellement mycorhizées et les plantes maraîchères n'échappent pas à la règle.

Mycorhize
filament de champignon

Filament de champignon envahissant les cellules d'une racine


Cependant les Brassicacées (chou, radis, navets,...) ne le sont jamais, probablement parce que ces plantes produisent du soufre au niveau racinaire et que le soufre a une action fongicide.

Pas de mycorhizes non plus chez les Chénopodiacées (betterave, épinard,…).

La truffe associée au chêne truffier est un célèbre exemple d’association mycorhizienne.

Et les bénéfices pour la plante, quels sont-ils ?

carotte et piment

Carottes et piments avec et sans mycorhizes.
(source : Anne-Marie Legault  et Christine Bourbonnais
La Coop fédérée et la Coop Uniforce – Canada)

 
La symbiose est obligatoire pour le champignon : sans symbiose, il meurt. La symbiose est facultative pour la plante mais elle se porte tellement mieux et elle pousse tellement bien quand elle est mycorhizée ! En effet, les mycorhizes complètent et relaient les racines : ensemble, les racines et les mycorhizes représentent plusieurs kilomètres par gramme de sol !!!

Surtout plus de nourriture…

sans ou avec mycorhizeGrâce aux mycorhizes, les plantes sont mieux approvisionnées en sels minéraux, principalement en ions phosphates.
L'accès aux oligo-éléments (fer, cuivre, zinc, nickel et manganèse), au calcium, à l'azote et au potassium est aussi amélioré.

Ce bon approvisionnement s’explique par le fait que, grâce au champignon, les ions sont prélevés dans un grand volume de sol. Cela est d’autant plus vrai que le champignon explore des interstices non colonisés par les racines, Il va parfois à plusieurs dizaines de mètres et même jusqu'à plusieurs centaines de mètres de la plante et s’insinue dans le moindre recoin.

Mais cet excellent approvisionnement s’explique aussi par le fait que le champignon est un champion de l’exploitation des roches du sol. Il peut ainsi extraire les phosphates (et d'autres ions) coincés dans les pierres du sol augmentant ainsi considérablement la quantité de nourriture disponible pour la plante. Les experts annoncent la fin des réserves en phosphates naturels d’ici 30 ans. Favoriser l’action  des mycorhizes semble être une solution de remplacement intéressante.

... et plus d'eau ...

La résistance à la sécheresse et la tolérance à la chaleur sont d'autres avantages procurés par les mycorhizes, Cela s'explique de différentes façons. Tout d'abord, comme pour les sels minéraux, l'énorme volume de sol exploré par le champignon permet d'aller chercher de l'eau très loin de la plante. Mais il y a d'autres explications. Des changements hormonaux provoqués par les mycorhizes dans la plante la rendent plus résistante. Enfin les mycorhizes rejettent dans le sol des gommes et des colles qui augmentent la cohésion des agrégats du sol ce qui permet d'augmenter la réserve hydrique du sol.

Dans 1 m² de sol, le réseau de filaments mycéliens peut atteindre 10000km sur les 20 premiers centimètres. Cela représente plus de 3 tonnes par hectare.

 
... mais aussi quelques autres avantages

Les mycorhizes produisent des hormones de croissance (acide indole-acétique) qui profitent aussi à la plante. De plus les champignons mycorhiziens protègent les plantes d’attaques d’autres champignons pathogènes et des nématodes. Enfin, les plantes reliées entre elles par des filaments mycéliens peuvent échanger en cas de besoin.

En retour, le champignon reçoit des sucres que la plante produit au cours de la photosynthèse.

Maraîchers, comment pouvez-vous favoriser la mycorhization de vos légumes ?


Les sols ne contiennent pas tous la même quantité de champignons, ni les mêmes espèces de champignons. Les principaux facteurs influençant le taux de mycorhisation du sol sont :

  • - la concentrationtion en phosphore dans la solution du sol : plus elle est faible, plus l’efficacité de la symbiose est grande
  • - des rotations avec beaucoup de plantes incapables de mycorhizer (Chénopodiacées, Brassicacées, Polygonacées)
  • - les labours profonds qui modifient la répartition spatiale des spores des champignons
  • - des outils de travail du sol agressifs qui endommagent les hyphes du champignon

Le pH du sol ne semble pas avoir d’effet dès lors qu’il est compris entre 5,5 et 7,5

Le producteur peut toujours stimuler la mycorhisation de ses plantes.

Limiter les apports en engrais phosphatés : en limitant les apports en engrais phosphatés au sol, le producteur stimule la mycorhisation. En effet, si les plantes trouvent du phosphore à proffusion dans le sol, elles ne feront pas l’effort de s’associer avec un champignon. Dans la plupart des sols cultivés de France, il y a une réserve de phosphore suffisante pour alimenter des plantes à condition qu’elles soient bien mycorhizées. En maraîchage biologique, on rencontre souvent de mauvaises mycorhizations liées à l’apport trop abondant de produits organiques libérant de grosses quantités de phosphore assimilable.

Aérer le sol sans trop le retourner  : le retournement du sol casse les filaments de champignon. Cependant le champignon respire, il lui faut donc un sol correctement aéré.

Pas trop de Brassicacées : c’est difficile de ne pas cultiver de Brassicacées quand on est maraîcher ! Il faut simplement prendre conscience, qu’après de telles cultures, la mycorhisation sera à régénérer.

Pas trop de soufre ni de cuivre : le soufre et le cuivre sont des fongicides et les mycorhizes sont des champignons. Les fongicides ne font pas la différence entre les bons champignons et les mauvais : tout le monde y passe.

Couvrir les cultures pérennes avec des copeaux de bois :tout le monde l’a constaté, les BRF sous fraisechampignons sont nombreux dans les sous-bois. La lignine du bois est en effet l’alimentation préférée des champignons. On peut donc couvrir les cultures légumières pérennes (rhubarbe, artichauts, petits fruits, etc.) avec des copeaux de bois. Il faut préférer des copeaux préparés à partir de jeunes rameaux (BRF : bois raméal fragmenté) car ils contiennent moins de substances de conservation (antibactériens, antifongiques) que les branches plus grosses. Dans tous les cas, il faut veiller à éviter la ‘faim en azote’ que provoque parfois l’utilisation de produits très carbonés comme les copeaux de bois.

Où trouver du bois raméal fragmenté ?

ASSOCIATION HAIECOBOIS
Maison de l'Agriculture
Avenue de Paris - 50009 SAINT-LO Cedex
Tel : 02.33.06.45.29
Fax : 02.33.06.47.98
Mail : haiecobois@orange.fr

     Animatrice : Valérie Letellier

 

Haiecobois : tarif 2014 :

Quantité > 5m3
BRF vert : 66€/t (HT) soit 22€/m3
BRF sec : 123€/t (HT) soit 31€/m3

Mois de 5m3 : 38€/m3 (TTC)

 

Sélectionner des variétés qui mycorhisent bien : ça c’est plutôt une piste pour les semenciers. En effet les variétés actuellement les plus commercialisées n’ont pas été sélectionnées pour leur aptitude à mycorhiser mais le plus souvent pour leur rendement. Il serait bon que les semenciers incluent au plus vite cette aptitude dans la liste de leurs  critères de sélection.

Enrichir le sol en mycorhizes : on connaît actuellement 150 espèces de champignons mycorhisogènes. Chaque espèce est susceptible de coloniser les racines des plantes (il y a assez peu de spécificité). On trouve dans le commerce et sur Internet des produits à base de mycorhizes (terreau, inoculum) mais les résultats expérimentaux, objectifs et fiables, concernant ces produits  sont peu nombreux et souvent publiés par les firmes qui commercialisent ces produits.

 

Pour compléter cet article, regardez cette excellente vidéo :

 

 B. PRATS, CFPPA de Coutances, décembre 2014