Dossier du mois n°3 - De l'eau, assez mais pas trop !



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Couvrir les besoins en eau des légumes en maraîchage est essentiel pour faciliter la levée des semis, la reprise des plants et obtenir de bons rendements. Il s'agit d'estimer les quantités à apporter et à quelle fréquence pour que les plantes aient suffisamment d'eau mais pas trop (sensibilité aux maladies et ravageurs, moins bonne conservation, moins bon goût).

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Dans un premier temps, il s'agit d'appréhender la réserve utile (RU) du sol en eau, c'est à dire le volume d'eau que le sol peut stocker. Ce volume dépend de la texture du sol : plus un sol est sableux, plus sa réserve utile est faible. Les plantes ont du mal à utiliser l'ensemble de la RU ; seuls 60 % de cette réserve sont facilement mobilisables : c'est ce que l'on appelle la réserve facilement utilisable (RFU). Elle s'exprime en mm d'eau par cm de profondeur de terre fine.

Le pourcentage en matières organiques du sol influe aussi sur la capacité de rétention mais n’est pas pris en compte dans le calcul de la RU.

Ensuite, il faut connaître l'ETP journalière, c'est à dire l'évapo-transpiration potentielle d'une plante adulte couvrant 1m² pendant une journée, exprimée en mm. L'ETP correspond à l'eau perdue par le système sol-plante dans les conditions de perte maximale. Elle ne dépend que du climat et c'est pourquoi cette information se trouve sur certains sites internet météo (cf. exemple ci-dessous). L’ETP varie de 0 à 7 mm/jour.

Sous abri, l'ETP serre correspond à 80% de l'ETP plein champ car l'action du vent y est moins marquée. L'ETP étant calculée pour un couvert végétal développé couvrant 1m², un coefficient cultural intervient pour prendre en compte le type de culture et son stade de développement (les besoins en eau d'un jeune plant de tomate ne sont pas les mêmes qu'un plant en production).

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Un site internet de prévisions météorologiques comme www.terre-net.fr permet d’avoir accès aux ETP. Ici, l’ETP varie entre 2,4 et 4,5mm/jour pour la fin du mois de juin. Pour simplifier les estimations, on peut faire une moyenne sur une semaine : ici environ 3,5mm/jour.

 

Ainsi, à partir de la texture du sol (d’après une analyse granulométrique), on peut connaître la RFU de notre sol et, en consultant un site internet météo, on peut connaître l'ETP. Ces deux données, associées à la profondeur de prospection des racines des légumes et aux coefficients culturaux définis pour chaque légume, nous permettent d’extrapoler les arrosages à réaliser.

Le fichier ci-joint avec ses trois feuilles de calcul fournit la fréquence d'irrigation pour les principaux légumes en plein champ et sous abri après avoir noté la RFU, défini la pluviométrie souhaitée de l'irrigation et actualisé l’ETP journalière moyenne.
(Estimation irrigationFichier en version Excel ouFichier en version Libre OfficeFichier en version Libre Office)

C’est un outil d’aide à la décision simplifié - le maraîcher diversifié ayant beaucoup de cultures à gérer - et imprécis mais il permet d’éviter de grosses erreurs de sur-irrigation ou sous-irrigation.

Il s'entend qu'à l'implantation de la culture, la RFU du sol pour la culture de ce légume soit pleine (c'est à dire que l'on « fait le plein » du sol en eau). Il est donc important de semer et de planter les légumes dans un sol ni trop sec, ni trop humide et de bien arroser ensuite pour remplir la RFU. Les arrosages viendront ensuite combler les pertes en eau suivant l'ETP et les coefficients culturaux selon le type de légumes et son stade de développement.

On aura avantage à faire des arrosages réguliers de faible pluviométrie (10 à 15mm) pour éviter le lessivage, l'érosion et le tassement du sol ainsi que le gaspillage d'eau. Les nouveaux matériels en aspersion plein champ (micro-asperseurs type Rotator de chez Nelson) et sous abri (comme Spinnet de chez Netafim) permettent ce type d'arrosage.

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Quelques conseils et rappels :

 

  • il est important de disposer d'un pluviomètre pour pouvoir relever au jour le jour le niveau des précipitations naturelles et évaluer au plus juste les apports d'eau de vos aspersions en plein champ et sous abri (savoir combien vous apportez d'eau au m² avec votre système d'irrigation, soit les apports en mm/h).

  • une pluviométrie d'1mm correspond à l'apport d'1 litre par m².

  • Un paillage, plastique ou organique, permet de réduire d'environ 20 % les apports.

  • Pour calculer les apports d'eau en mm/h d'un système goutte à goutte, on fait le calcul suivant : débit d'un goutteur (en l/h) / (espacement entre goutteurs sur le tuyau de goutte à goutte (en m) x écartement moyen entre deux tuyaux de goutte à goutte (en m)).

  • Le débit (en l/h) variant avec la pression, il est important d'équiper les systèmes d'aspersion et de goutte à goutte de régulateurs de pression. Cela permet d'avoir toujours la même pluviométrie d'arrosage (en mm).

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Régulateur de pression pour système d'aspersion sous abri situé après la vanne d'ouverture.

 


Le nanomètre positionné en aval permet le réglage de la pression réalisé en tournant une vis

 Pour aller plus loin :

 

 

C. CAHU, CFPPA de Coutances, novembre 2014